Prêts pour le décryptage ?

J’ai indiqué dans le texte les repères de timing de la vidéo. Ainsi vous pouvez ouvrir la vidéo dans une nouvelle fenêtre pour la suivre au fur et à mesure. https://bit.ly/AOCYoho

Ce que l’on va décrypter ensemble est ce que je considère être une leçon de prise de parole d’une puissance et d’une efficacité redoutables.

Nous allons voir ensemble comment, par son argumentation, l’utilisation du storytelling, sa posture, sa gestuelle, sa communication non verbale, Alexandria Ocasio-Cortez va faire basculer la donne et utiliser l’incivilité qui lui a été faite comme arme contre celui qui l’a insultée.

Si vous ne la connaissez pas, Wikipedia vous dira qu’Alexandra Ocasió Cortez, également connue sous l’acronyme AOC, a été élue le 6 novembre 2018 représentante du 14e district de New York à la Chambre des représentants des Etats-Unis. Elle est ainsi devenue la plus jeune candidate jamais élue au Congrès américain.

Elle s’est rangée derrière Joe Biden pour l’élection présidentielle et a été réélue représentante de son district new-yorkais lors des élections américaines de 2020 puis lors des midterms de 2022.

Voici ce que l’on peut lire du contexte. Le 16 juillet 2020, AOC affirme qu’il existe un lien entre la hausse de la criminalité à New York et la pauvreté grandissante causée par la pandémie de la Covid-19.

Le 21 juillet 2020, sur les marches du Capitole à Washington, siège du Congrès américain, l’élu Républicain Ted Yoho condamne ses propos et lui lance qu’elle est « complètement folle » et « écoeurante ». AOC ne répond pas. Mais, l’homme ne s’arrête pas là et, selon un journaliste du site d’informations The Hill présent sur place, profère l’insulte « fucking bitch » (« putain de salope » « ou sale pute »).

La première réaction d’AOC est de prendre le parti de l’humour : https://bit.ly/AOCBossBitch

Mais la polémique continue de prendre de l’ampleur. Pour se défendre, Ted Yoho déclare alors : « Marié depuis 45 ans et père de deux filles, je fais très attention aux mots que j’emploie. »

C’est cette réaction qui provoque la réponse argumentée et sans concession qu’Alexandria Ocasio-Cortez va faire au Congrès lors de son discours du 23 juillet 2020.

Quelques heures seulement après cette prise de parole, la vidéo fait le tour du monde et reçoit d’innombrables éloges.

Tout d’abord elle va planter le décor et rappeler les faits très brièvement : notez bien qu’elle précise que les faits se sont déroulés devant les journalistes, c’est son accroche, elle est sure de capter l’attention.

Elle cite l’insulte dont elle a été victime « fucking bitch » regardez comme sa tête accompagne les mots et comme ensuite elle fait une pause afin de laisser aux cerveaux qui l’écoutent le temps d’enregistrer l’info et de créer un peu de teasing : on attend la suite. Vidéo jusqu’à 0:07

Elle va ensuite utiliser son Ethos pour se présenter, son titre de femme membre du congrès donc d’élue et ainsi elle informe : voilà qui je suis, une élue, sous entendu « je suis légitime, je suis une experte comme vous, je suis votre pair »

Avec cette introduction, c’est comme si AOC nous disait  « à présent que vos cerveaux ont enregistré cette information, et que je suis crédible  à vos yeux », et puis elle poursuit « sachez que je suis également une femme qui représente toutes les femmes car chacune d’entre nous a été confrontée à ce type de situation. »

AOC replace le débat dans un cadre général , elle s’extrait de son propre cas, et pour lui donner du poids elle va énumérer des exemples très précis.

Pour insister elle va conclure cette première partie par : This is not new / Ce n’est pas nouveau, petite phrase qu’elle va répéter plusieurs fois au cours de son discours. En prise de parole, cette répétition s’appelle un refrain.

Réfléchissez, vous connaissez des phrases répétitives entendues lors de discours…

Contenu de l’article
« I have a dream » – Martin Luther King 1963
Contenu de l’article
« Moi président » – François Hollande 2012

AOC poursuit par « and THAT is the problem » « et c’est bien là le problème » en accentuant et en séparant volontairement les mots pour leur donner plus de poids et pour donner du rythme à son discours.

Enfin, elle trouve un acolyte à M. Yoho et fait basculer cette affaire que l’on pourrait qualifier « d’insulte » en  problématique emblématique d’un système avec cette phrase « ce problème ne concerne pas un seul incident. Il est culturel ». VIDEO jusqu’à : 0.59

AOC va ensuite donner d’autres exemples très concrets d’insultes reçues par des élus, en prenant soin à chaque fois de nommer les auteurs, dont le président. Ainsi son argument de problématique culturelle devient irréfutable.

Puis, elle va revenir à son agresseur et dresser le portrait de cet homme.

Contenu de l’article
Front bas et regard vissé à son papier, c’est la posture que Ted Yoho adoptera pour la LECTURE de ses « excuses ».

Ecoutez comme elle va à nouveau utiliser la répétition pour souligner l’importance de son message « clearly » clearly » VIDEO à 2:22

Elle va appuyer sur certains mots : « but what I DO have issue with »

Et va basculer dans le pathos (les émotions) en utilisant les sentiments « nos femmes, nos filles », les expressions de son visage accompagnent son discours.

VIDEO Jusqu’à 2:54

Ensuite, elle va reprendre les fausses excuses de M. Yoho, comme un rappel des faits :

Elle précise que Ted Yoho a indiqué avoir une femme et deux filles

Elle crée le lien avec elle et ajoute : « j’ai 2 ans de moins que la plus jeune fille de M. Yoho »

Elle force à nouveau son accentuation et commence à utiliser le storytelling :

« I am someone’s Daughter »  « Moi aussi je suis la fille de quelqu’un ».

Poursuite du storytelling en évoquant son père décédé

regardez ses yeux s’embuer,

écoutez bien sa voix qui s’imprègne d’une émotion, une émotion réelle, cette femme incarne son discours. VIDEO à 2:53

Et elle ne va pas s’arrêter là, Alexandria, ce serait mal la connaitre !

Elle va utiliser l’incivilité de M. Yoho pour la retourner contre lui.

Comment ?

Elle va préciser que ce comportement qu’il a eu envers elle devant la presse c’est comme si il l’avait eu envers toutes les femmes et en faisant cela il montre l’exemple.

En faisant cela il ouvre la porte aux incivilités contre toutes les femmes donc envers sa propre femme et ses propres filles.

Elle utilise là un syllogisme, une argumentation déductive en 3 parties pour simplifier le propos et le rendre accessible.

Voici comment elle s’y prend :

M. Yoho justifie son comportement insultant par le fait qu’il est marié et qu’il a des filles

Or, tous les hommes qui ont une femme et des filles disposent de la même liberté d’expression que M.Yoho,

Donc tous les autres hommes pourraient insulter des femmes sous prétexte d’être mariés et d’avoir des filles… y compris la femme et les filles de M.Yoho !

Par ce raisonnement simple et structuré, AOC retourne l’argument de son adversaire contre lui. Uppercut.

Ecoutez comme elle accentue les mots et utilise à nouveau la répétition sur le « not ». VIDEO jusqu’à 4:45

A ce stade, on pourrait penser qu’il ne lui reste plus qu’à conclure.

Pour indiquer à la fois que le second round est terminé, et que le 3è commence, elle va utiliser un silence comme transition.

Et reprendre :

« Je crois »  suivi à nouveau d’un silence,

Elle crée le teasing tout le monde est suspendu à ses lèvres, en quoi croit-elle ?

Pour amplifier la nature formelle et solennelle de ce moment, elle consulte ses notes une seconde, ce sera une des rares fois dans tout son discours ce qui est particulièrement brillant.

Et en consultant ses notes à cet instant étudié elle indique à nos inconscients qu’elle ne veut pas se tromper donc que l’information qui va suivre est capitale

Et elle maintient ainsi notre attention et déroule sa démonstration :

« Je crois….

qu’avoir une fille … ne rend pas un homme convenable,

qu’avoir une femme …ne rend pas un homme convenable.

Traiter les gens avec dignité et respect,

C’est cela qui fait un homme convenable.»

Enfin, elle va revenir à l’être humain et surtout, à l’intérêt général ce qui est l’un de ses chevaux de bataille. Pour cela, elle va bien accentuer sur « so that we can all move on » « afin que nous puissions tous aller de l’avant ». VIDEO jusqu’à 5:35

Il est à présent temps de conclure et AOC va nous l’indiquer en commençant sa phrase par « Pour finir » .

Et plus qu’une conclusion, elle va faire d’une pierre deux coup.

Elle va maintenir notre intérêt et en même temps maintenir son agresseur acculé dans ses cordes. Je cite : « Pour finir, je tiens à exprimer ma gratitude à M. Yoho ».

Avouez qu’on a envie d’écouter la suite, non ?

En quelques phrases elle va résumer son intervention et assener le coup de grâce à Ted Yoho.

Ainsi AOC a non seulement relevé la problématique du sexisme ordinaire à tous les niveaux même les plus hauts de l’état, mais elle a également utilisé l’évènement dont elle était victime pour le retourner à son avantage.

Cloche de fin,  AOC victorieuse par KO.

Les techniques utilisées :

  • La répétition, de mots ou de morceaux de phrases
  • L’accentuation de mots choisis
  • L’utilisation du storytelling
  • L’émotion assumée
  • Les exemples documentés
  • Les silence et les pauses
  • Le regard de l’ensemble de son public
  • Une posture droite, ancrée, affirmée
  • Un vocabulaire choisi et étudié
  • Pas de lecture de ses notes.

Cette prise de parole est redoutable car Alexandria Ocasio-Cortez est entrainée.

Les techniques qu’elle utilise sont accessibles à tous.

Contactez-moi pour les adopter. ⭐️

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